La PK Def

 La déficience en pyruvate kinase ou PK Def

 

Par Marc Perterschmitt, docteur-vétérinaire

 

Quelques repères sur la maladie

Des mutations sur le gène de la pyruvate kinase sont connues depuis plusieurs années chez l’homme, mais également chez le chien et la souris. C’est en 1992 qu’une déficience en pyruvate kinase a été suspectée pour la première fois chez un abyssin mâle. Depuis fin 2012, la mutation est également connue dans d’autres races dont celle du Norvégien.

Gène fondamental pour la vie métabolique du globule rouge, l’allèle k responsable de la déficience en pyruvate kinase chez le chat se transmet selon un mode autosomal et récessif, non porté, ni influencé par le sexe. Ceci signifie que :

  1        Mâles et femelles peuvent tout deux être atteints selon la même probabilité.

 2        Un animal porteur de la mutation est hétérozygote, il ne tombera pas malade (pénétrance de la mutation de 0%), mais la transmettra à sa descendance selon une    probabilité de 50%.

 3        Un animal atteint est homozygote pour la mutation, ses deux parents possèdent tout deux au moins une copie de la mutation (ils sont au moins porteurs sains hétérozygotes voire homozygotes mutés).

Chez les individus possédant deux copies mutées du gène PK Def (homozygote), l’enzyme de la pyruvate kinase a perdu toute fonctionnalité dans le globule rouge, et ses capacités de synthèse énergétique sont donc bloquées : il n’est donc plus capable de synthétiser assez d’énergie, son espérance de vie s’en trouve réduite. Ces individus présentent donc une anémie progressive, avec les signes cliniques suivants : muqueuses pâles, fatigue, apathie, baisse d’appétit, jaunisse, insuffisance hépatique secondaire.

Cette maladie n’étant pas létale avant plusieurs années dans la majorité des cas, les chats homozygotes mutés peuvent se reproduire et contribuer à augmenter la fréquence de portage de la mutation dans une population.

Des causes plus fréquentes d’anémie ont pu jusqu’à présent être prioritairement envisagées sur des cas d’anémie féline et la prévalence de la déficience en pyruvate kinase a pu par ce biais être sous-estimée chez le chat, par méconnaissance de cette appartenance au pool génétique dans certaines races.

Il existe un test génétique de dépistage (depuis 2000 aux Etats Unis), qui est aujourd’hui disponible dans plusieurs laboratoires américains et européens dont l’UC Davis en Californie et Laboklin en Allemagne (comptez 40 à 70€ le test, sur écouvillon, ou sur sang – tube EDTA).

Traitement des animaux atteints

En cas d’anémie brutale, des transfusions sanguines peuvent être envisagées mais ne seront pas une solution au long terme. Des essais de splénectomie (exérèse de la rate) ont également été réalisés sur le chat, et sont plus ou moins concluants. A l’heure actuelle, l’issue de la maladie chez les chats homozygotes mutés est inéluctablement fatale, plus ou moins tardivement (parfois après 10-12 ans) : les perspectives thérapeutiques restent limitées à ce jour.

Travailler avec la mutation

Seuls les animaux homozygotes pour la mutation sont malades : il convient donc de connaître le statut des reproducteurs après les avoir dépistés et d’empêcher les mariages qui peuvent conduire à la naissance de chatons homozygotes mutés.

Différentes configurations de mariages sont possibles (N = allèle normal, k = allèle muté). Selon les lois de Mendel,

 

N

N

N

N/N

N/N

N

N/N

N/N

 

Dans le mariage de 2 chats indemnes N/N, chaque chat transmet une copie normale du gène (N) : tous les descendants sont indemnes N/N. C’est le mariage idéal !


 

 

 

N

N

N

N/N

N/N

k

N/k

N/k

Dans le mariage d’un chat indemne (N/N) avec un chat porteur sain ou hétérozygote (N/k), on obtient théoriquement 50% de chats indemnes (N/N) et 50% de chats porteurs sains (N/k). En pratique, il faut tester les chatons : les chatons indemnes peuvent être utilisés en reproduction ; les chatons porteurs sains seront écartés de la reproduction (stérilisés). Un porteur sain de la nouvelle génération peut toutefois toujours être conservé pour la reproduction, s’il est exceptionnel en type, à condition de le marier uniquement avec un chat indemne et de tester ensuite tous les chatons de la génération suivante, avant de les diriger en reproduction. L’objectif est d’éliminer la mutation à moyen terme, afin de ne plus avoir besoin de tester les descendants.

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N

N

k

N/k

N/k

k

N/k

N/k

Dans le mariage d’un chat indemne (N/N) avec un chat atteint (k/k), tous les chatons sont porteurs sains, aucun dépistage n’est nécessaire (N/k). Les recommandations concernant ces porteurs sains sont les mêmes que celles décrites dans le cas précédent. Les femelles homozygotes mutées k/k ne devraient pas être utilisées en reproduction, car le stress d’une saillie extérieure, d’une gestation ou d’une mise bas peut contribuer à les faire décompenser et à accélérer l’évolution de la maladie (ou simplement les faire avorter). Le mâle k/k ne devrait être utilisé en reproduction que s’il est exceptionnel en type et sa stérilisation devrait être envisagée le plus rapidement possible.

 

N

k

N

N/N

N/k

k

N/k

k/k

Dans le mariage entre 2 chats porteurs sains (N/k), on obtient théoriquement 25% de chats indemnes (N/N), 25% de chats atteints (k/k) et 50% de chats porteurs (N/k). Mariage interdit. S’il a été réalisé par méconnaissance du statut des parents, les chatons homozygotes mutés doivent être placés en compagnie et stérilisés. Cette décision est également conseillée pour les chatons porteurs sains, sauf si l’un d’eux est exceptionnel en type.

 

N

k

k

N/k

k/k

k

N/k

k/k

Dans le mariage d’un chat porteur (N/k) avec un chat atteint (k/k), on obtient théoriquement 50% de chats porteurs (N/k) et 50% de chats atteints (k/k). Mariage interdit. S’il est réalisé par méconnaissance du statut des parents, les recommandations concernant les chatons sont les mêmes que dans le cas précédent : tous les chatons atteints doivent être stérilisés, les porteurs sains également, sauf type exceptionnel.

 

k

k

k

k/k

k/k

k

k/k

k/k

Dans le mariage de 2 chats atteints (k/k), tous les chatons sont atteints. Mariage interdit. S’il est réalisé par méconnaissance du statut des reproducteurs, tous les chatons doivent être stérilisés.

 

 

  En conclusion :

 1      Les mariages entre deux chats sains constituent le scénario idéal : tous les descendants seront sains. Le dépistage des reproducteurs à la pyramide d’une lignée est conseillé. Il permet de ne plus avoir besoin de dépister la descendance, si les parents sont sains, à condition que la filiation soit effectivement respectée.

 2      Il convient de réussir à conserver pour l’élevage plusieurs chatons sains (N/N) à partir des chats porteurs sains (N/k), afin de conserver la lignée et de ne pas appauvrir la diversité génétique de la race (surtout pour des prévalences de portage supérieures à 10%). Ceci passe strictement par des mariages avec des partenaires sains N/N et nécessite obligatoirement de dépister toute la descendance de ces mariages, avant orientation en reproduction.

 3      L’utilisation des femelles atteintes k/k est fortement déconseillée, celle des mâles k/k est à éviter, sauf exception (mâle exceptionnel) et uniquement avec une femelle N/N.

  Tous les autres mariages ne doivent jamais être réalisés.

 

  Point sur la prévalence de la mutation dans la race du Norvégien

Depuis le début du dépistage, de nombreux éleveurs européens ont décidé de déterminer le statut de leurs reproducteurs vis-à-vis de cette mutation. Les premiers résultats issus de l’étude américaine statuaient en effet d’une prévalence des porteurs sains de 23%, soit une fréquence de la mutation de 11,5%. Ces résultats méritaient naturellement d’être complétés par un dépistage plus global, puisqu’ils avaient été extrapolés à partir de 13 individus (dont 3 hétérozygotes), sans connaissance d’éventuel lien de filiation entre eux, et ne pouvaient en aucun cas être considérés comme représentatifs de la race.

Les résultats d’un dépistage sur 496 chats par test génétique au 8 décembre 2013 (http://ig-hgk.de/html/pk-defizienz-studie-ergebnisse.html#nfo) montrent une fréquence des porteurs sains de 9,2% pour 90,4% d’individus normaux. L’allèle k semble donc être présent à 5% dans la race du Norvégien, résultat qui méritera d’être réévalué une fois que les pays scandinaves auront eux aussi dépisté leurs reproducteurs, ce qui se fera progressivement. Il est permis de supposer que cette prévalence de la mutation est un peu surévaluée : en effet, quand un chat est dépisté hétérozygote muté, le dépistage de sa descendance sera systématique et par ce biais les nouveaux hétérozygotes viendront grossir le résultat final, contrairement à la descendance de chats sains qui ne seront pas dépistés (négatifs par filiation) et qui n’entrent pas dans le calcul de cette fréquence allélique.

Ces derniers chiffres sont à mon sens plus représentatifs du niveau réel de présence de la mutation dans notre race, que ceux extrapolés par l’étude américaine. Bien moins alarmants, il n’en demeure que la mutation est présente, à un niveau comparable à celui de la GSD 4 naguère. Le dépistage systématique se justifie à mon sens malgré tout puisqu’en tant qu’éleveur, nous nous devons de savoir avec quoi nous travaillons (quel que soit le niveau de consanguinité).

De plus, quelques mariages sont aujourd’hui connus pour avoir combiné des lignées hétérozygotes et avoir ainsi donné naissance à des chatons homozygotes mutés. Ces chiffres pourront paraître ridicules, il n’en demeure que nous ne devons pas oublier qu’avant de faire naître un chaton bien typé, celui-ci doit être en bonne santé.

Plusieurs lignées sont aujourd’hui connues comme réservoir de la mutation. Des études généalogiques plus poussées sont nécessaires pour essayer d’élucider l’origine (les origines) de cette mutation dans notre race.

Tout résultat peut venir enrichir les bases de données, ceci facilitera les études généalogiques (voir lien ci-dessus)

 

Alexandra Besson a fait une recherche sur les laboratoires qui actuellement testent la PK Def.

Ne pas oublier que depuis le début 2014, les résultats des tests génétiques peuvent être inscrits sur le pedigree, si l’éleveur en fait la demande auprès du LOOF et que le test ait été fait par un tiers vétérinaire.

  Le dépistage PK Def peut se faire dans plusieurs laboratoires, mais deux centralisent l'essentiel des tests:

 

 Aux USA, les échantillons sont essentiellement traités par l'Université de Davis en Californie : http://www.vgl.ucdavis.edu/services/cat/

Pour ce faire, il vous faut vous créer un compte, en cliquant sur le sigle en chariot, en face de "PK Deficiency (Erythrocyte Pyruvate Kinase Deficiency) “Abyssinian,Bengal,Domestic Shorthair and Longhair, Egyptian Mau,La Perm, Maine Coon, Norwegian Forest, Savannah, Siberian,Singapura and Somali" (7ème item en partant du bas de page)

=> une fois que le compte est créé, il faut récupérer le bulletin pour accompagner les prélèvements (recliquer sur le sigle en chariot si vous ne tombez pas directement sur la page en question).

Le prélèvement se fait par coton-tige (prévoir 2 cotons-tiges donc 4 extrémités par chat en frottant vigoureusement la muqueuse de la gencive à 10 reprises, puis laisser sécher à l'air avant de le scotcher sur le bulletin d'envoi par la tige (pas sur le coton); ne pas le faire sur des chats qui ont bu ou mangé dans les 30 minutes).

Compter 40 dollars par test. Ces prélèvements peuvent être réalisés et   authentifiés par votre vétérinaire traitant.

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Chez Laboklin,  http://www.laboklin.de/index.php?link=labogen/pages/html/de/erbkrankheiten/katze/katze_pyruvatkinasedefizienz-pk.html

Prélevement par écouvillon (le labo vous envoie les écouvillons après les leur avoir commandés sur ce lien : http://www.laboklin.de/index.php?link=labogen/pages/html/de/form_freevmat.html, ou 1 mL de sang sur tube EDTA .

Ne pas utiliser des cotons tiges.

Prélèvements à réaliser et à authentifier chez le véto. Prix du test un peu plus cher.