Mort subite inexpliquee

 

Par Chantal Faller et Marc Peterschmitt, docteur-vétérinaire

Lorsqu’un de nos compagnons nous quitte subitement et passe le pont de l’arc-en-ciel, la douleur lancinante de la séparation nous brouille souvent les esprits et envisager une autopsie est souvent une étape difficile pour certains d’entre nous : la simple idée de voir le corps mutilé de notre ancien compagnon, même sans vie, peut nous révulser.

C’est pourtant ce que j’ai été amené à vivre lors du décès soudain de ma belle Heather. Cette étape difficile a pourtant été indispensable, déjà parce que sans y avoir recours, je n’aurais jamais été fixé sur la cause de cette mort et le deuil aurait été encore plus difficile qu’il ne l’a été. Inutile de préciser que cette étape est également indispensable pour les chats apparentés qui restent avec nous, mais aussi pour la race du Norvégien en général.

La cardiomyopathie hypertrophique (HCM) a déjà été abordée à de nombreuses occasions, dans les bulletins du club ou sur les forums : absolument consciente de mes responsabilités d’éleveuse en la matière et pratiquant un suivi échographique annuel de mes chats reproducteurs depuis plusieurs années, j’ai été amené à posséder deux chats ayant souffert de HCM, dont une au moins en est décédé subitement. Elle était suivie et le diagnostic échographique n’avait rien décelé : l’évolution a été foudroyante. Doit-on en conclure qu’il faut arrêter le dépistage et que celui-ci ne sert à rien ? En aucun cas et au contraire… En vérité, le seul enseignement que je tire de cette situation est que nous avons absolument besoin de nous mobiliser pour aider le monde scientifique à identifier la (ou les) mutation(s) responsable(s) de cette mutation dans notre race.

C’est pour cette raison que je vous encourage vivement à pratiquer des autopsies et à donner un peu de nos compagnons à la science lorsque ces derniers nous quittent. Dans mon cas, après des analyses infructueuses au laboratoire Iddex à Maisons-Alfort, le cœur d’Heather est parti intact, à l’université du Royal Veterinary Collège en Angleterre. Je leur ai également fait parvenir un échantillon sanguin en complément. Mon contact a été le Dr Luis Wilkie, qui travaille sur la HCM du Norvégien en collaboration avec la Professeur Victoria Luis Fuentes. L’envoi de ces échantillons biologiques doit bien évidemment répondre aux exigences réglementaires du transport des échantillons biologiques entre frontières (voir le document). Une autre alternative est de faire intervenir le laboratoire Laboklin en Allemagne, dont les compétences permettent de réaliser un diagnostic lésionnel de HCM fiable.

Le Dr Loic André, vétérinaire de Lauterbourg (03.88.54.10.10), à la frontière, est habituellement en charge de stocker les échantillons et de les transmettre ensuite à Laboklin. Dans tous les cas, il est vraiment indispensable de prélever et conserver un échantillon sanguin complémentaire en vue de l’analyse génétique.

L’objectif de cette recherche est bien sûr d’observer et d’analyser des cœurs atteints de HCM pour pouvoir comparer ces organes à des cœurs sains et mieux comprendre la maladie. Le cœur doit être fixé au préalable dans du formol, après son prélèvement par votre vétérinaire, qui ne doit réaliser aucune coupe sur l’organe. Le prélèvement sanguin a pour lui comme objectif de préserver et conserver l’ADN afin de pouvoir dans le futur travailler avec et identifier le ou les gène(s) responsable(s). Le sang doit être prélevé sur tube EDTA ou sur tube sec (avec centrifugation). L’ADN de tout chat apparenté directement avec le chat décédé (parents, grands-parents, ou enfants) peut aider dans cette démarche et doit être envoyé au laboratoire en Angleterre, pour aider dans l’analyse de filiation de la mutation au sein de la lignée atteinte.

Pour accompagner ces prélèvements, il faut également bien penser à joindre une copie du pedigree et toute autre information concernant le chat décédé et ses ascendants qui puisse aider les scientifiques à interpréter les observations qu’ils réaliseront: antécédents médicaux, copie des diagnostics échographiques, etc.

Bien évidemment, toutes ces données sont soumises à la plus stricte confidentialité et aucune diffusion des résultats ne sera réalisée, excepté auprès du propriétaire, si ce dernier le souhaite.

Pour les autopsies et l’analyse du cœur de vos chats, vous pouvez les envoyer à cette adresse, en utilisant un transporteur express : 

 Lois Wilkie - 'Norwegian Forest Cat Study'

Clinical Investigation Centre

Royal Veterinary College

Hawkshead Lane

North Mymms

Hatfield, Herts

AL9 7TA

Angleterre – G.B.

Bientôt un test génétique sera mis au point, il permettra de savoir si un norvégien est porteur de l’HCM ou non, c’est important pour nos chats que nous aimons, pour les chatons que nous mettons au monde, c’est important pour l’avenir !

Alors mobilisons-nous, travaillons tous ensemble, il n’y a que comme ça que cette maladie disparaitra un jour de nos pédigrées !

Merci pour votre aide, merci pour la recherche, merci pour les générations futures de Norvégiens !