Tassajaras Saga

par Marc Peterschmitt

Pour les 40 ans révolus de la reconnaissance de la race du Skogkatt en Norvège et de son premier standard, il nous semblait opportun de réaliser un dossier sur un élevage ayant vécu sur la scène du Norvégien dans la continuité, si possible pas forcément dans le feu des projecteurs de façon à intéresser également les plus anciens lecteurs.

Constat malheureux, la grande majorité des premiers éleveurs à s’être impliqués dans la reconnaissance nationale de la race en 1972, puis internationale au sein de la FIFe en 1977 ne sont plus en activité depuis quelques années maintenant. Même ceux à s’être installés sur la scène dans les années 80 ne sont plus si nombreux.

Après quelques semaines de réflexion, et à l’issue du World Winner Show tenu à Zagreb les 27 et 28 octobre 2012, le choix s’est logiquement imposé pour la chatterie Tassajara’s. Qui mieux que Greta Grönberg aurait en effet pu nous parler du Norvégien depuis les années 80 à aujourd’hui, en Suède et en Norvège ? Greta Grönberg s’est définitivement inscrite dans le paysage du Norvégien scandinave depuis plusieurs années déjà, parce qu’elle a commencé jeune, la vingtaine à peine passée, et qu’elle a ainsi pu vivre l’évolution des aspirations en terme de standard, mais également parce qu’elle a été indirectement impliquée dans un pan important de l’histoire du Norvégien, qui a fait répandre beaucoup d’encre et de salive durant 20 ans, à travers le phénomène X-Color.

L’élevage est avant tout une sélection, selon des critères de santé mais aussi selon un standard et réussir à laisser son empreinte en créant sa lignée est un privilège qui n’est laissé qu’à très peu d’éleveurs. Nous souhaitions souligner le mérite de cette éleveuse, une référence au sein du Norvégien, qui a su façonner son look et conserver un air de parenté à travers les années, depuis ses premières femelles des années 80 jusqu’à sa dernière portée qui a vu naître WW12 Tassajara’s Canadian JW. Et Canadian n’est qu’n illustre world winner parmi les autres Tassajara’s qui se sont déjà vus attribuer ce titre dans les années 90 et 2000.

Nous souhaitons remercier vivement Greta pour nous avoir ouvert les portes de son histoire et de son expérience et lui souhaitons encore longévité et succès pour les années à venir.

Documents annexes :

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Greta Grönberg, merci beaucoup d'avoir accepté d'ouvrir les portes de votre élevage pour l'AID Skogkatt et de répondre à notre interview. Vous faites partie des quelques éleveuses scandinaves les plus anciennes, toujours en activité. Pouvez-vous nous raconter un peu vos débuts dans le monde du Norvégien ?

Avec plaisir. J'ai toujours adoré les chats. Difficile d'élever sans un brin de passion. Mon premier chat de race était un mâle Sacré de Birmanie, arrivé en 1984, il s’appelait Stenbockens Little Big Man. Je n'ai toutefois jamais élevé de Birmans et je me suis tournée vers le Norvégien pour son look une année plus tard. Ma première chatte d'élevage a été Frøy Sparetta av Æsene. Elle me donna ma première portée le 15 janvier 1987, après son mariage avec Julie's Albert Åberg : les premiers Tassajara’s sont donc nés, il y aura bientôt 26 ans. Depuis ces débuts, on peut dire que j'ai vu de nombreuses évolutions au sein des éleveurs et de la race.

Je me rappelle avoir longuement hésité avant de choisir un nom d'affixe : aucun ne me convenait, je voulais quelque chose d'original et avec une sonorité qui me plaise. C'est en scrutant une carte des Etats Unis d'Amérique que je suis tombée sur la ville de Tassajara dans l’état de Californie. Et ce nom m'a tout de suite plu. En effet, en suédois, tass signifie "patte de chat".

Vous nous parlez de Frøy Sparetta. Pouvez-vous nous en dire plus sur elle et ses sœurs, qui ont marqué l'histoire du Skogkatt en Suède ?

Je suis effectivement allée chercher ma première chatte, Frøy Sparetta, en Norvège, dans la chatterie av Æsene. L’éleveuse s’appelait Kari Holte et son mari Arne Mikalsen. Ils habitaient à Oslo à cette époque.

J’avais déjà eu l’occasion de faire connaissance avec l’éleveuse une année plus tôt, quand ma sœur Sylla avait acheté DeaDia, une soeur de Frøy, du même mariage, née en 84. Les parents étaient Kløfterhagens Babuschka et Niros Dunder, mâle très connu à cette époque, également père du bien connu Pans Polaris.

Lorsque nous étions allées chercher DeaDia avec Sylla, j'avais beaucoup aimé Babuschka et sa portée de 3 chatons ; le contact avec Kari avait de plus été excellent.

 
Frøy Sparetta av Æsene

Une des sœurs de portée de DeaDia m'avait particulièrement plu, il s'agissait d'Isis, bleu mackerel tabby, qui était réservée pour le Danemark. J'ai aussitôt réservé une femelle sur le prochain mariage de Babuschka, qui fut remariée à Dunder: il y eut quatre chatonnes dans cette deuxième portée, née en novembre 85, Frøy Sparetta, Irene Rampetussa, Fria Hurralia et une quatrième dont je ne me souviens plus le nom. C’est ainsi que le Norvégien est entré dans ma vie, avec Frøy, norvégienne bleue mackerel tabby et blanche.

Kari Holte a cessé son activité en 86, je n'ai malheureusement plus de nouvelles depuis les années 90. Babuschka fut peu après stérilisée, après 5 portées : trois femelles arrivèrent en Suède, DeaDia née en novembre 84 chez Sylla, Frøy Sparetta en novembre 85 puis Isis, fille de Babuschka et Polaris, née en décembre 86 chez moi-même. Isis née en 84 partit au Danemark. L’éleveuse av Æsene avait également vendu auparavant d’autres chatons en élevage, du mariage de Babuschka et de Colosseum's Emil Oppaamoldil en 82 et 83, dont les plus connus ont été Odin et Aphrodite av Æsene. En finalité, Babuschka est très présente dans les pedigrees suédois par DeaDia, Frøy et Iris ; par contre ses autres descendants furent assez rapidement stérilisés à ma connaissance. {C}

Peu de photos sont disponibles pour ces chats des années 80. Comment étaient-ils ? Certains disent que le Sibérien actuel ressemble aux novices Norvégiens qui ont permis de fonder la race. Etait-ce le cas pour Babuschka et ses filles ?

Babuschka était une femelle puissante et ossue, haute sur pattes, avec une longueur de tête qui serait aujourd'hui considérée comme trop courte. Elle avait de grands yeux, dont j'adorais la forme. C'était une chatte très harmonieuse, avec une très belle morphologie et une très jolie expression, même si aujourd'hui un juge lui reprocherait des yeux trop dominants. Bien que le standard du Norvégien ait vécu quelques modifications depuis 77, pour moi, les yeux du Norvégien doivent rester de forme ovale (pas « orientalisés »), de taille moyenne à grande (pas petite) et légèrement inclinés, sans être enfoncés dans le crâne. J'attache une importance toute particulière aux yeux d'un Norvégien, ils contribuent à son expression mais aussi à son look, ce look originel que je souhaite faire perdurer.Les filles de Babuschka ont hérité de nombreuses qualités de leur mère, même si globalement je les trouvais supérieures à Babuschka.{C}DeaDia et Iris, avaient hérité de cette superbe ossature, étaient au moins aussi grandes que Babuschka, si ce n'est plus grandes.

Babuschka

DeaDia et Iris, avaient hérité de cette superbe ossature, étaient au moins aussi grandes que Babuschka, si ce n'est plus grandes.

Iris a longtemps été mon idéal de Norvégien de par ses oreilles, en taille et en placement, qu'on voyait peu à cette époque.

Mais même Frøy ne pouvait pas renier sa mère. En plus du look et du caractère, toutes ses filles ont hérité de cette forme d'yeux et de cette expression dont je suis fan. Cette forme s'est transmise sur ma lignée, de générations en générations, et j'en suis ravie.

 Iris av Æsene

Vous nous parliez des petites modifications apportées sur le standard du Norvégien. Comment les avez-vous vécues ? Que pensez-vous de l'influence des juges en exposition sur ces évolutions ?

 A mon sens, ces évolutions ne sont pas forcément mauvaises, il faut seulement se souvenir de ce qu'a été le Norvégien à ses débuts et savoir faire marche arrière quand c'est nécessaire. A partir du moment où vous créez une race, vous opérez une sélection, des évolutions seront inévitablement conduites. L'évolution qui a été la plus marquante durant toutes ces années, de mon propre point de vue, concerne la longueur de tête et de corps : têtes et corps sont plus longs aujourd'hui, avec des triangles plus fins. En contrepartie, certains Norvégiens s'étaient surtout affinés avec une perte d'ossature, même si je trouve que ces dernières années, le tir a été redressé. Je trouve personnellement que certains Norvégiens actuels sont vraiment très beaux, et ressemblent toujours à leurs aïeux de 87, mais sont plus travaillés et avec des traits plus fins.

Dans mes choix d’élevage, j’ai toujours fait particulièrement attention aux yeux et à l'expression ainsi qu'aux oreilles qui participent à l'harmonie de la tête et au look du Norvégien. Si je faisais naître un Norvégien au standard parfait, mais qui n'a pas les yeux du Norvégien (ceux que j'aime sur la descendance de Babuschka, en taille plus moyenne), j'aurais l'impression d'avoir perdu ce qui était le plus important pour la race. C’est malheureusement le cas sur certains Norvégiens « nouvelle génération ».

Depuis 25 ans quels sont les chats qui ont le plus marqué votre histoire d'éleveuse ?

Je suis une fan inconditionnelle du Norvégien brown tabby et blanc. Sur les femelles qui sont nées chez moi, mon cœur se rappellera plus particulièrement de Tigris, Christa et Mymla. Quant aux matous, il y en a beaucoup également que j'adore ... Heraklion pour sûr, Pilsner, Urquel, Canadian et bien d'autres. Mais si je devais faire un choix, ce serait entre Tigris et sa fille Mymla. Tigris m'a tout apporté dans mon élevage et elle a été la pierre fondatrice de ma lignée. Quant à Mymla, sa beauté et son caractère étaient à mes yeux hors du commun. J'ai été très attristée en les perdant et ai pris quelques mois de recul avant de retrouver goût à l'élevage.

   S*Tassajara's Tigris

  S*Tassajar's Mymla Tigrisdotter

S* Tassajara's Christa

D'autres chats Norvégiens ont bien sûr marqué mon esprit depuis 1987, nés chez moi ou même ailleurs. Mais vous savez, le Norvégien a changé durant ces années et mon œil d'éleveuse s'est aussi aguerri, tout en essayant de garder une ligne directrice sur le look, l'expression et l'ossature. Mes favoris des années 90 ne ressemblent plus forcément en tout point à mes favoris de 2012.

Babuschka et ses filles ont été, malgré elles, montrées du doigt, suite à l'apparition du phénomène X-Color dans les années 90. Quel fut votre ressenti à la naissance d'Imer et d'Iros ? Comment avez-vous vécu toute l'histoire qui en a découlé ?

Oui, Sylla et moi-même avons été aux premières loges dans cette histoire du Norvégien. Comble du comble, nous ne recherchions pas plus l’une que l’autre à sélectionner sur des couleurs, mais sur le type du Norvégien. A l’époque, les tout premiers chatons à présenter ces couleurs étranges ont été ceux de la portée de Wildwood’s Humla, une femelle bleue mackerel et d’Amazonas Camilo, un matou brown classic, née en février 92.

Je me rappellerai toujours de la première occasion qu’il me fut donner de voir cette portée dont on parla si longtemps : trois femelles avaient des couleurs « usuelles », bleue solid (Iso), bleu classic tabby (Isis) et noire (Imset), ainsi que deux matous, Imer et Iros, pour lesquels nous étions perplexes. Ces deux derniers ressemblaient à des chatons torbie, dont un était dilué (Imer). Je n’ai jamais vu des contrastes de couleur aussi impressionnants, même sur des chatons brown très chauds. Cette portée était bien typée pour l’époque, Imer et Iros particulièrement, malgré leurs couleurs « extravagantes ».

Humla était hostcat sous l’affixe Wildwood’s de ma sœur, elle habitait chez une amie de Sylla. En voyant ces couleurs inhabituelles, nous avons d’abord pensé qu’Humla s’était échappée après la saillie et qu’elle s’était faite saillir par après, dans la rue… Mais même en partant de ce principe, de quelle couleur aurait été le chat de gouttière pour obtenir des chatons mâles de cette couleur ? La propriétaire nous garantissait qu’Humla n’était pas sortie.

A l’époque, nous ne savions pas du tout à quoi ces couleurs pouvaient correspondre, des juges se sont imaginés qu’il s’agissait de chocolat, puis de cinnamon et enfin de golden. Mais ceci nous a toujours laissées dubitatives, parce que ces couleurs décrites dans d’autres races ne ressemblaient pas du tout à celles d’Imer et d’Iros.

Ce n’est que plusieurs mois plus tard que nous avons compris la responsabilité de DeaDia (en consanguinité dans le pedigree d’Imer), puis de Frøy dans l’apparition de ce phénomène en Suède.

Et encore bien plus tard que nous avons appris que la mutation ambre avait été identifiée en France par Marc et n'avait rien à voir avec toutes les premières hypothèses évoquées.

Wildwood's Imer

 Avez-vous vous-même cherché à avoir des chatons ambre ?

Non, le hasard n’a jamais fait naître de chatons ambre chez moi. Il faut dire également que je n’ai jamais réfléchi un mariage pour faire apparaître l’ambre, ce n’est pas ma vision de la sélection du Norvégien.

J’ai eu au demeurant des porteurs d’ambre dans mes portées. Celle issue d’Imer et d’ Iris aurait pu, considérant le pedigree, faire naître des chatons ambre, mais il n’y eut que deux chatonnes, une noire et blanche, Tuva, et une brown classic et blanc, ma bien connue Tigris. Je ne sais pas si Iris, fille de Babuschka, a porté l’ambre, mais Tigris le portait bien sûr. D’autres Tassajara’s ont porté / portent l’ambre avec certitude, même sur les plus connus, notamment Christa et Heraklion. Dans ma douzième portée entre Amazonas Camilo et Tassajara’s Laconda, il y a sans doute eu plusieurs porteurs, Camilo ayant porté l’ambre et Laconda probablement également. Mais sur les 6 chatons, cinq étaient roux et ne pouvaient pas le montrer quoiqu’il en soit.

Après février 92, de nombreux X-Color ont vu le jour, certains éleveurs suédois ont réfléchi des mariages pour voir quels chats dans la descendance de DeaDia et de Frøy avaient hérité de cette couleur, ce qui a permis de comprendre un peu mieux la généalogie du phénomène. Pour ma part, j’ai personnellement toujours préféré choisir un mâle qui me plait en type et en look qu’un mâle pour une couleur particulière. Ces couleurs ont provoqué de nombreuses polémiques, mais je peux le comprendre : plusieurs éleveurs ont élevé du X-Color, pour se distinguer et faire de l’ambre sans vraiment se préoccuper des effets qu’une telle consanguinité pouvait avoir sur les chatons et sur la race (ossature notamment). Même si, pour moi, le Norvégien n’est pas une couleur, je peux comprendre que certains souhaitent élever une couleur particulière, à condition de ne pas pratiquer une consanguinité exacerbée et pas au détriment de ce qui caractérise originellement le Norvégien, notamment son expression et son look.

Vous n’avez définitivement gardé une chatonne de votre propre travail que plusieurs années après votre première portée de 1987. Pour quelles raisons ?

 Oui, effectivement. Je n’ai gardé aucun descendant des 6 premiers mariages de Frøy, ni des 4 premiers d’Iris, même si 3 chattes nées chez moi ont eu une portée sous mon affixe entre-temps. Frøy et Iris prenaient de l’âge et j’ai alors décidé de garder une chatonne pour moi sur une des prochaines portées. Mon choix s’est porté sur une fille d’Iris, parce qu’elle avait de meilleures oreilles (plus grandes) et un meilleur corps que sa demi-sœur, Frøy. Quant au choix d’Imer, il est simple : c’est un chat que j’ai toujours trouvé très beau et très gentil en caractère. Tigris, fille d'Iris et d'Imer est donc restée chez moi en mai 1993.

Dernièrement, la scène du Norvégien a également été secouée par la mise en évidence de la GSD IV chez les reproducteurs Skogkatt européens. Aviez-vous eu connaissance de cette maladie au préalable ? Comment avez-vous vécu cet évènement ?

 Une note informative concernant l’identification de cette mutation aux Etats-Unis sur des reproducteurs Norvégiens était passée dans les années 90. Mais ceci n’eut que peu de conséquence sur nos chats en Suède, dans la mesure où nous n’avions aucune raison de nous inquiéter outre mesure en l’absence de signes cliniques. Sur bientôt 50 portées, je n’ai eu que très peu de mort-nés et aucun chaton ayant présenté la forme juvénile de la glycogénose.

Je pense personnellement que nos reproducteurs sont porteurs de tares héréditaires, encore non identifiées et ce plus souvent qu’on ne le pense. Raison pour laquelle, je n’ai jamais été une adepte de la consanguinité. Dans le cas de la GSD IV, nous avons un test, facile à mettre en œuvre, et cette mutation a pu être éradiquée assez facilement. Dans le cas d’autres maladies, et notamment de la HCM, la gestion est beaucoup plus compliquée et personnellement j’ai toujours essayé de suivre mes reproducteurs par échocardiographie sur la durée.

 Quelle est la recette de votre réussite et de votre longévité sur les podiums ? Quels sont vos principes de sélection ?

Il n’y a pas de recette miracle (rire), il faut aimer ce que l’ont fait et éviter les polémiques. En Suède, nous n’avons pas vraiment de groupes. Mes choix d’élevage sont le résultat de mes propres décisions, même si nous nous aidons entre éleveurs si nécessaire, notamment avec ma sœur Sylla. C’est un peu de cette façon que les suédois travaillent.

 J’ai fait le choix de ne pas multiplier les reproducteurs (2 à 3 femelles maximum) et je n’ai eu que très rarement un mâle entier chez moi. Le pool de reproducteurs suédois est aujourd'hui conséquent, les étalons sont souvent gardés entiers jusqu’à 2-3 ans, même en compagnie, bien que la technique de l’implant soit de plus en plus répandue. Je travaille personnellement beaucoup avec des saillies extérieures, en cherchant le mâle le plus complémentaire possible, sans excès de consanguinité. Je ne garde jamais un mâle issu de mes propres lignées, pour éviter justement une consanguinité trop importante avec mes femelles. Toutes les femelles que j’ai gardées ont été des descendantes d'Iris par Tigris. Holyanna en constitue la 6ème génération actuellement et je trouve ça vraiment passionnant de voir quelles améliorations ont pu être opérées depuis 1987 !

 J’ai cédé plusieurs chatons en élevage, jusqu’à présent toujours en Scandinavie, sauf exception, dans des élevages de petite taille. J’aime avoir un suivi de ma progéniture et le bonheur de mes chatons dans leur future vie est primordial pour moi. C’est une question de confiance ! Mais je n’ai pas regretté mes choix, mon plus beau succès est de laisser partir de beaux chatons chez de nouveaux propriétaires, qui les adorent, souhaitent faire quelques expos et éventuellement quelques portées, avec succès. D’autres éleveurs m’ont souvent demandé pourquoi je ne gardais pas les très beaux chatons pour moi : c’est simple, je préfère les céder à des personnes de confiance qui feront de joyeux propriétaires. Et de mon côté, je suis très heureuse pour eux et fière du travail accompli.

 Quel est votre ressenti après toutes ces années d’élevage et votre plus beau souvenir d’exposition ? 

La descendance de Tigris a été un tournant dans mon élevage : Tigris était une chatte exceptionnelle, elle m’a donné à juste titre une descendance exceptionnelle. J’ai l’impression avec Heraklion, Christa et Mymla d’avoir franchi une étape importante pour l’empreinte de ma lignée. C’est toujours un honneur pour moi quand on me dit que j’ai su instaurer un look propre à mon affixe, qu’on reconnaît mes chats par leur look.

Parmi tous mes souvenirs, ceux de Mymla resteront à jamais gravés dans mon cœur. J’ai de nombreux beaux souvenirs d’exposition. Le jour où Mymla devint Scandinavian Winner en 1999, restera, je pense, mon plus beau souvenir : Mymla n’avait alors que 6 mois et 2 jours et jamais je ne m’étais imaginée qu’elle puisse remporter ce titre, à cet âge, dans une exposition de cette ampleur. J’ai réellement été très surprise, et ravie ; je ne crois pas avoir participé depuis à une exposition aussi grandiose et avec tant de concurrence depuis.

SW’00’99 GIP & EC S*Tassajara’s Mymla Tigrisdotter, DM

 

 

Rares sont les éleveurs qui peuvent se targuer d'avoir fait naître autant de chatons World Winner ou Scandinavian Winner. Quelles sont les qualités nécessaires pour prétendre à ces titres suprêmes ?

Le charisme, sans aucun doute. Les gagnants, même dans ces expositions, ne sont pas forcément toujours les chats qui sont techniquement les plus parfaits. C’est une histoire de charisme, de look et de prestance : Mymla, Christa et Heraklion adoraient se montrer, un peu comme s’ils disaient au public et aux juges « Ne perdez pas votre temps à regarder les autres, regardez-moi, je suis le plus beau ».

Heraklion est aujourd’hui le dernier chat de ce trio qui sort encore en exposition, il rencontre toujours le même succès. Non pas qu’il soit parfait, mais il sait se présenter. Malgré son âge, il fait toujours jeune matou. Son look est à tomber, il a des oreilles superbes. Pour moi, son ossature est sa seule petite faiblesse : il n’est pas petit, mais son corps pourrait être plus massif, il pourrait avoir des pattes plus grosses. Et par-dessus tout, son caractère super et sa façon de toiser les concurrents et d’attirer le regard sur lui. Un showcat !

Tassajara’s Heraklion

 

Et pour finir, des projets pour l’avenir ?

J’élève uniquement à petite échelle, jamais plus de deux portées dans l’année, pour avoir le temps de m’occuper de mes chatons.

 Nous avons également avec Linda des saillies prévues pour Canadian, qui restera entier quelques mois en espérant une très belle descendance. Je ne suis pas favorable à la dissémination excessive des pedigrees à travers l’Europe : les plus beaux descendants seront conservés pour l’élevage chez des éleveurs qui s’inscrivent bien sûr dans la même logique.